Posted by Jonathan Perron-Clow

Le Buzz de VAÉ: Mon potentiel surexploité

Au cours de leurs déplacements à travers le pays, les participants de VAÉ partagent leurs expériences et idées sur des questions énergétiques dans cette série de blogues, le Buzz de VAÉ. Cette fois, Katherine Pineault raconte son épuisement et sa remontée progressive en rappelant que même les leaders les plus dévoués doivent prendre du temps pour s’orienter et se donner des objectifs mesurables pour réussir.


Après plusieurs mois à mener de front plusieurs projets excitants et à saisir de multiples opportunités d’apprendre et de me dépasser, dont celui de prendre part à Votre Avenir Énergétique, j’ai dû faire face à une réalité qui m’a fait très peur. Je choisis de partager ce qui m’est arrivé parce qu’il m’a fallu l’expérimenter pour me rendre compte que c’était plus commun que je le pensais et pour commencer à trouver des stratégies pour éviter que ça se reproduise.

Au mois de décembre dernier, devant une tâche assez routinière au travail, j’ai constaté que ma capacité mentale était brimée de façon quasi-complète par une sorte de brume épaisse. Elle était apparue progressivement, sur une période de quelques semaines. C’était comme si un voile s’était installé entre mon cerveau et la tâche que j’essayais de compléter.

Je savais que j’étais épuisée, mais mon incapacité à réaliser une tâche assez routinière m’a mis en face de la réalité : mes limites étaient dépassées. Parce que je savais que persister dans cet état n’était pas prudent, j’ai décidé de m’arrêter immédiatement et de voir un médecin.

Si l’admettre maintenant est plus facile, à ce moment-là, j’étais submergée par un sentiment d’échec et une peur géante des répercussions. J’étais prise dans un tourbillon d’anxiété, alimenté par la culpabilité que je ressentais. Tout arrêter, alors que tant de projets étaient en mouvement, m’inspirait des sentiments d’horreur. C’était la version plausible d’apercevoir un clown dans le caniveau.

Dans les mois précédant ce moment, j’avais progressivement effacé le concept même de repos de ma vie quotidienne. Les fins de semaines s’étaient fondues dans les semaines de travail. Les soirées avaient été converties en heures supplémentaires, utilisées pour en faire plus et saisir plus d’opportunités. J’avais progressivement abandonné le gym, les soirées entre amis et les moments plaisants en famille. Ma lecture de chevet avait muté vers des lectures professionnelles. Mon trajet d’autobus vers le travail était utilisé pour répondre à mes courriels.

J’ai dû négocier avec moi-même les conditions de mon arrêt – je ne voulais pas vraiment m’arrêter, même s’il le fallait. J’ai étiré l’élastique encore un peu, question de compléter des tâches qui me semblaient (alors) vitales. Je ne voulais pas embarrasser mes collègues par ma chute, ne laisser tomber personne.

Même à l’arrêt, j’ai eu un mal fou à vraiment arrêter. Dès les premières semaines, alors que l’idéal aurait été de me reposer complètement, je me suis appliquée à faire l’autopsie de mon échec. J’ai essayé de comprendre ce qui aurait dû être fait pour ne pas arriver au point où j’en étais. J’ai mis en ordre des dossiers personnels qui avait traîné. J’ai fait le ménage de mon appartement de fond en comble. L’oisiveté et le loisir m’étaient inconfortables. Je me sentais inutile et coupable.

Avec la culpabilité, j’ai aussi ressenti beaucoup de colère. Envers moi-même, justement et injustement. Envers d’autres, justement et injustement.

J’ai réalisé, à force de prendre des thés en tête à tête avec moi-même, sur le divan de mon salon, que je ne connaissais pas vraiment mes limites. Que ma « zone de confort » personnelle m’était plutôt inconnue. Que je n’avais pas le réflexe d’alterner les périodes d’inconfort et de confort. Que j’avais oublié de prendre en note ce qui me permettait de vraiment décrocher.

J’ai partagé cette réflexion récemment avec un ami qui a la même tendance au dépassement. Il a rigolé, puis m’a raconté que sa mère lui avait déjà dit : « J’ai l’impression qu’un jour, tu as délimité ta zone de confort, puis, tu as décidé de ne plus jamais y revenir. Ta vie a l’air tellement épuisante ! »

Après plusieurs tentatives maladroites de repos et d’une routine de base suivie de façon stricte (alimentation, exercice, méditation et sommeil), la brume s’est estompée en grande partie.

En janvier, j’ai assisté à la tournée d’étude de Votre Avenir Énergétique, malgré que je n’étais pas complètement remise encore. J’ai abordé la semaine avec grande précaution, m’assurant de respecter mes limites. Au début de la semaine, Richard Dicerni, président du conseil consultatif de Votre Avenir Énergétique, s’est adressé au groupe. Il a réitéré un conseil bien simple qui a trouvé une grande résonance pour moi à ce moment-là. Je n’arrive pas à retrouver les mots exacts, mais l’esprit de son conseil est de définir le succès avant d’entreprendre quoique ce soit, et d’avoir de quoi le mesurer. En quelque sorte, il nous exhortait à choisir et à connaître nos indicateurs de succès.

Pendant la tournée d’étude, j’ai gribouillé mes objectifs de la journée chaque matin. J’ai vérifié s’ils avaient été atteints le soir. Ça m’a permis d’être réaliste. Ça m’a permis de ne pas me sentir coupable, même si je n’étais pas dans mon meilleur état.

Avant de retourner au travail et à mes projets, j’ai entrepris de mettre par écrit les attentes latentes avec lesquelles j’évoluais. Les miennes, celles des autres, celles que je percevais des autres. Je voulais en quelque sorte amener à ma conscience quels étaient les succès et le progrès que j’attendais de moi-même. Je souhaitais aussi mettre en lumière ces attentes qui, comme des pièges béants, sont formulées de telle façon que la ligne d’arrivée bouge à mesure qu’on avance. « Être plus à l’aise à discuter avec des experts qui m’impressionnent », « articuler ma pensée et mes opinions plus rapidement ». Sans avoir de ligne d’arrivée, ces objectifs étaient impossibles à atteindre, et potentiellement risqués.

Le processus a été révélateur : après 15 pages manuscrites, je me suis arrêtée. Je n’avais pas terminé. Par écrit, l’ampleur de mes attentes a pris des proportions comiques. Il y en avait certainement trop, et elles étaient certainement truffées de pièges.

Depuis, je m’efforce d’adjoindre à mes attentes des limites claires et mesurables. J’apprends à être réaliste et à identifier l’essentiel. Je suis retournée au travail et à mon implication progressivement, en surveillant mon enthousiasme et mon ambition du coin de l’œil. Bien sûr, je souhaite progresser et apprendre pour contribuer au progrès de notre société. Les multiples opportunités pour y arriver m’emballent. Côtoyer autant de jeunes professionnels intelligents, réfléchis et idéalistes me met le vent dans les voiles.

Je veux être réaliste et pragmatique dans la poursuite de l’excellence et du progrès, et y arriver avec une plus grande résilience. Ça me permet d’avancer tout en laissant de la place à toutes les autres choses précieuses de la vie : l’amitié et l’amour, le silence, le plaisir, le repos et l’émerveillement.

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